Titus Brandsma : Qu'est-ce que la mystique ? (2/6)

La certitude de la foi de l'Église doit être fondée sur l'expérience mystiqueLa certitude de la foi de l'Église doit être fondée sur l'expérience mystique

De la nature de la mystique, il en découle qu'il faut différencier deux aspects : le divin et l'humain, dont tour à tour l'un ou l'autre ressort plus nettement. Dans un sens plus étroit, on peut également les désigner comme le facteur théologique et le facteur psychologique. Bien que l'élément divin soit fondamental dans la mystique, nous ne devons pas non plus minimiser ce que l'homme peut accomplir de son côté, et il est souvent extrêmement difficile de distinguer entre l'élément divin et l'élément humain.

Cependant, cela ne justifie pas de priver la mystique de son caractère divin ou de le remettre en question. Les difficultés, telles que celle de tracer une frontière entre ce qui est vivant et inanimé, entre la matière et l'esprit, ne nous permettent pas non plus de nier la vie ou l'esprit.

Bien que Dieu donne ses dons à qui il veut, et que nous ne puissions nier les dons mystiques en dehors de l'Église catholique, la fondation de l'Église catholique indique généralement que l'Église est le lieu où Dieu nous accorde sa Grâce mystique débordante. Dans l'Église catholique, nous voyons également à quel point la vie mystique fleurit. Des phénomènes similaires à ceux de la mystique (catholique) se trouvent également dans d'autres religions, par exemple dans différentes religions indiennes, dans les anciens cultes grecs et dans d'autres Églises chrétiennes. La parapsychologie nous montre quelles sensations et expériences étranges une personne peut avoir en suivant un chemin de suggestion, de télépathie, de voyance, etc., selon ses propres idées ou celles des autres. Sous l'influence de la suggestion, des stigmates peuvent même apparaître ou certaines personnes vivent presque sans nourriture. D'un point de vue extérieur, il est donc très difficile de confirmer ou de réfuter avec certitude le caractère mystique de tels phénomènes.

Jean de la Croix, "enseignant mystique", souligne également pour cette raison que la certitude de la foi de l'Église doit être fondée sur l'expérience mystique. Sainte Thérèse d'Avila dit que la présence de Dieu et son action sont parfois si clairement perceptibles pour le mystique (authentique) qu'il ne peut en douter et que Dieu saisit souvent la force de l'âme avec une telle puissance qu'il est impossible d'y résister. Mais même Thérèse ne nie pas que le danger de l'auto-tromperie demeure toujours. Selon elle, la personne mystiquement douée doit soumettre toutes ses inspirations et visions à l'évaluation d'un directeur spirituel expérimenté, et l'obéissance à son jugement et à sa direction est le commandement le plus important et le premier.

L'Église attribue généralement un caractère privé à la vie mystique et aux phénomènes qui y sont liés. Dans des cas très clairs, qui sont confirmés par une vie particulièrement sainte, elle accorde une validité universelle aux phénomènes mystiques. En ce qui concerne de nombreux cas de stigmates, l'Église n'a permis de célébrer liturgiquement que la stigmatisation de Saint François d'Assise, de Sainte Catherine de Sienne et le transpercement du cœur de Sainte Thérèse. Cela n'exclut cependant pas le grand respect pour la vie mystique, que l'Église comprend comme le sommet de l'épanouissement de la vie de grâce.

Il ne serait certainement pas juste de considérer l'effort humain et les actions conduisant à l'expérience mystique comme absurdes ou même malades, même s'il ne s'agit pas de dons mystiques (au sens propre) et que ces expériences ont simplement un caractère naturel. La concentration de l'esprit sur le plus haut et le plus noble objet de méditation, qui est si intérieure qu'elle conduit à des expériences extatiques, est par sa nature plus noble que la plus forte passion poétique ou l'extase d'un artiste créateur. Il ne peut être nié que, même ici, tout comme chez un poète ou un peintre, des sensations exagérées ou même malades peuvent apparaître ; cependant, même alors, la lumière est souvent plus forte que l'ombre. Par conséquent, il est nécessaire de respecter les phénomènes mystiques d'autres religions, car ils témoignent souvent d'une élévation noble de l'esprit humain vers Dieu.

Dans la mystique, il faut faire la distinction entre la doctrine et la vie. Une personne peut décrire la vie mystique sans avoir elle-même participé à l'expérience mystique de Dieu. Cependant, comme il y a beaucoup de personnes mystiquement douées qui ont enregistré leurs expériences sur un impus interne ou par mandat de leur directeur spirituel, un traité sur ce sujet doit reposer sur leur témoignage et s'appuyer sur leur expérience. Sainte Thérèse d'Avila, Saint Jean de la Croix et, aux Pays-Bas, en particulier le bienheureux Jan van Ruisbroek étaient eux-mêmes des mystiques et en même temps des auteurs de travaux significatifs sur la vie mystique. Il existe bien sûr également une vie mystique qui n'est pas décrite littérairement, et tout comme la mystique peut persister dans la littérature, même si elle n'est plus vécue.

Extrait du livre : Mystique engagée
Auteur : Titus Brandsma
Publié par : Bonifatius-Verlag Paderborn, 1991
Traduit et adapté par : Norbert Žuška, OCarm.

 


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