Adrienne von Speyr (1902–1967)
Parfois, je n'ai pas besoin de me forcer à prier, mais aujourd'hui, je dois prendre une décision sérieuse pour commencer ; l'évidence de la conversation avec Dieu a disparu. Quand j'ai voulu commencer, il m'a semblé que j'étais complètement seule et que personne ne répondait, en même temps, il manquait une certaine atmosphère portante pour la parole. C'était une grande déception. Comme si celui que j'avais aimé jusqu'à présent ne haussait même pas les épaules en réponse à mon appel.
Je me suis demandé si c'était cette « sécheresse » dont on parle tant ; mais ce n'était pas seulement que « rien ne se rapprochait », c'était un dépouillement, une sorte de moins ; il y avait moins que si l'on ne priait pas du tout. Et il n'était pas possible de déterminer de quoi j'avais été dépouillée. Au début, c'était plutôt une expérience personnelle, mais progressivement, cela devenait de plus en plus une réalité objective.
Puis j'ai vu le Seigneur essayer de prier sur la croix : « Pourquoi m'as-tu abandonné ? » Dans mon expérience précédente, cela avait été un peu suggéré, mais maintenant c'était infiniment plus vide et désespéré. Dieu ne répondait plus à Dieu. Le Père entend le cri du Fils, mais ne réagit pas. Ce silence du Père plonge nécessairement le Fils dans la plus profonde solitude ; il doit goûter la dernière goutte dans le calice, qui est bien plus amère que les restantes. La soif sur la croix, la douleur, le mépris du monde, l'abandon des disciples : tout cela est presque rien comparé à l'absence de réponse du Père. Tout cela serait supportable si le Père le confirmait et était présent. Auparavant, le Fils savait toujours de la confirmation du Père. Maintenant, il ne doit plus savoir de cette manière définitive. C'est bien pire qu'un amour qui est mort.
L'existence du Père est pourtant présumée en ce qui concerne l'abandon. Ce que fait le Père est pire que s'il était absent, pire que s'il avait disparu. Il s'agit d'un acte actif de non-réaction.
La vie du Fils mourant devient de plus en plus vide, jusqu'à ce que l'expérience ultime lui dise qu'il a atteint la dernière limite, que « c'est accompli ». De la mort, il descend d'abord aux enfers, non vers le Père (« Je ne suis pas encore monté vers le Père ») (1). L'enfer, dans lequel il descend maintenant, est un détour fondamental et nécessaire sur son chemin vers le Père.
(1) Jean 20,17.
(Adrienne von Speyr, Kreuz und Hölle I., Einsiedeln 1966 ; traduit par : Norbert Žuška, OCarm.)