Tout est grâce.

Henri Boulad

«N’aie pas peur du mal, car il peut aussi t’apporter du bien.» (Proverbe arabe)

Tout est grâce. Depuis le commencement de l’existence du cosmos, tout est grâce, car la création est un don libre. La création est grâce, la première de toutes les grâces, le don de Dieu.

«Cependant le péché est entré dans le monde et par le péché la mort.» (Romains 5,12)

Le mal s'est manifesté dans l'espace et le temps, il est entré dans l'histoire et en fait toujours partie. Le don de la grâce de la création a été terni. Le mal a grandi, s'est épanoui, a pris de la force et a atteint son apogée dans le plus grand de tous les péchés humains, qui s'appelle la croix ou Golgotha.

«Mais là où le péché a abondé, la grâce a surabondé.» (Romains 5,20b)

Grâce à cette croix, grâce à ce Crucifié, la rédemption totale du monde déchu a été accomplie. Après le don libre de la création est venu le don libre de la rédemption. Depuis lors, une nouvelle race humaine se dirige en innombrables nombres vers un autre but de la création, elle se dirige vers un nouveau ciel et une nouvelle terre. (cf. Apocalypse 21)

Aux jours de la mort et de la résurrection de Jésus, le début de cette nouvelle humanité a eu lieu. L'heure de sa naissance a été l'accomplissement de la promesse, que nous lisons déjà chez Isaïe, lorsque Dieu a rassuré : «Voici, je fais quelque chose de tout à fait nouveau…» (Isaïe 43,19)

La rédemption sur Golgotha est cette nouvelle création et surtout – c’est la renaissance de l’homme. Tout cela se produit par l'effet de la grâce : ainsi toute la création, depuis l'instant où la lumière a brillé jusqu'à la transformation complète et l'achèvement de l'histoire de l'univers, est entraînée dans le courant des grâces de Dieu ! Nous reconnaissons le don libre de Dieu, qui se déverse dans les deux sens : vers le commencement et vers le nouveau but de la création. Cette source de grâces jaillit sur la colline de Golgotha, tout comme jadis de la roche dans le désert aride, lorsque Moïse l'a touchée.

Il n'est pas sans intérêt de lire sur la création. Dieu commence par créer le ciel, la terre puis la lumière. Ensuite, il appelle à la vie «les plantes qui se reproduisent par semence, et les divers arbres qui portent des fruits», et il «place des lampes brillantes» dans la voûte céleste. Quelle magnifique fresque. Puis cela a commencé à «foisonner de vie» dans la mer, ensuite Dieu crée «les oiseaux», «les bêtes sauvages et domestiques» et enfin «l’homme», qui doit commencer une nouvelle ère. Il est quelque chose de tout à fait différent, d'autre…

Le Nouveau Testament, quant à lui, commence par le dernier maillon de cette lignée humaine, qui ouvre également une nouvelle ère : À travers lui, le nouvel Adam, le peuple de Dieu commence lentement à se former et à se diriger vers le but du développement de toute l'histoire, vers ce «nouveau ciel au-dessus de la nouvelle terre».

Nous avons l'impression que quelque chose se resserre de plus en plus en soi, pour que tout se concentre en un foyer d'événements immenses, afin de se déployer à nouveau à partir de là et de se répandre sur une multitude de personnes. (144 000 est un nombre symbolique, qui signifie énormément).

Extrait du livre éponyme d'Henri Boulad, SJ,
publié par les Éditions Carmélitaines.

À propos de l'auteur de ce livre

P. Henri Boulad, SJ, né en 1931 à Alexandrie, a été ordonné prêtre en 1963. Il possède un diplôme en philosophie et théologie. Il a effectué des études supérieures en ordre à l'université de Chicago aux États-Unis, où il a étudié la théologie ascétique et mystique ainsi que la psychologie, et il a également obtenu son habilitation en psychologie.

En 1967, il retourne en Égypte, où il souhaite servir son pays «jusqu'à épuisement», comme il le dit. En tant qu'enseignant passionné, il prêche, écrit et organise plusieurs conférences. En 1975, il est nommé provincial des jésuites à Alexandrie. La même année, il commence à réaliser un plan d'aide aux lépreux, auquel participent tant des jeunes musulmans que des chrétiens avec un grand enthousiasme. Lorsque ce mouvement prend de l'ampleur, il le confie à l'organisation Caritas, dont il est nommé directeur plus tard. Il commence à se consacrer plus profondément à la pastorale des jeunes, organisant de nombreuses conférences sur divers sujets : La sagesse du cœur, Avoir et être, Liberté, sexualité, amour, Pourquoi l'existence ?, Évolution de l'homme et de l'univers dans la perspective de Teilhard de Chardin, La mort, Dialogue islamo-chrétien, Dieu au cœur du monde. En 1979, il est nommé supérieur régional puis président de l'Assemblée des supérieurs en Égypte.

«Je suis un fou ambitieux, un passionné, j'ai une claire conscience de ma fragilité et de ma faiblesse. Je veux changer le visage de l'Égypte et celui du monde entier, sans me donner de limites à mes rêves et à mes désirs, car je pense que Dieu peut faire fleurir et mûrir sur l'engrais de ma personne et de ma vie une ÉNORME RÉCOLTE D'AMOUR.»