Sur le lit d'un cœur propre et aimant.

L'âme bien-aimée repose avec son cher Dieu sur le lit d'un cœur aimant et pur orné de fleurs...Michael de Saint Augustin (1622–1684)

L'Époux céleste est très timide et semble hésiter à se montrer directement ; s'il veut donc s'unir à l'âme fidèle par un baiser d'amour et un embrassement, il recherche l'éloignement et la solitude.

La fiancée du Cantique des cantiques l'a remarqué : « La voix de mon bien-aimé ! Voici, il vient, sautant par-dessus les montagnes, se déplaçant à travers les collines. Mon bien-aimé ressemble à une gazelle ou à un jeune cerf. » (Ct 2,8-9) Cela signifie que son Bien-aimé est timide comme une gazelle ou un faon, qui fuient devant les hommes et se retirent dans la plus profonde solitude, loin de tout bruit ; ici, ils sont en sécurité et sans souci. Si donc tu veux trouver celui qui est le plus cher à ton âme, tu dois le chercher dans la solitude, car c'est là qu'il se cache, c'est là qu'il t'invite, c'est là qu'il t'attend, c'est là qu'il désire de toi.

Si l'âme est complètement proche de celui qui l'aime d'un amour constant, elle peut l'étreindre à travers les créatures, l'embrasser et le prendre dans ses bras, aussi souvent qu'elle le souhaite, oui, à chaque mouvement. Car elle le rencontre partout et en tout et sait que son Bien-aimé ne peut lui être retiré ne serait-ce qu'un instant.

La transmutation de l'âme aimante se produit parfois de telle manière que l'âme et toute la création semblent se perdre en Dieu, s'y plonger, en être absorbées. Cette perte de soi ou cet immergement en Dieu n'est rien d'autre qu'un oubli complet de toutes choses, causé par l'action du Saint-Esprit dans le dedans de l'homme, ou c'est comme une sorte de »fusion » aimante de l'âme en Dieu, par laquelle l'âme est pendant un certain temps absorbée et captivée par Dieu et ne pense ni à elle-même ni à aucune créature.

Pour établir cet état, l'âme ne peut rien contribuer de son côté ; le Bien-aimé viendra quand il le souhaitera, et il veut généralement tout accomplir seul. Alors naît dans l'âme un immense silence et une tranquillité, sans mouvement, sans agitation ni trouble causés par les créatures, sans réflexion, sans attachement à quoi que ce soit créé. C'est le grand silence des mystiques qui ont atteint la perfection. Un silence qui ne supporte pas un seul mot, oui, qui n'autorise même pas à parler par signes.

Pendant ce silence, l'âme bien-aimée repose avec son cher Dieu sur le lit d'un cœur aimant et pur orné de fleurs, et elle est mystiquement unie avec lui. Pour que personne ne trouble cette paix et n'interrompe cette union, à toutes les créatures, à toutes les puissances de l'âme, et surtout aux sens, il est strictement ordonné de se taire et de veiller à ne pas éveiller l'âme du sommeil mystique de l'aimé avec le Bien-aimé : « Je vous conjure, filles de Jérusalem, ne réveillez pas et ne troublez pas l'amour, jusqu'à ce qu'elle le veuille elle-même. » (Ct 8,4)

Extrait du livre : Tanz der göttlichen Liebe
Publié par : Elisabeth Hense, T.OCarm.
Publié par : Herder, 1991
Traduit et adapté par : Norbert Žuška, OCarm.