Celui qui assiste à la souffrance des autres...

Jean de la Croix ne cherchait pas lui-même son emprisonnement. Il ne contemple pas la souffrance depuis le confort d'un observateur et ne théorise pas sur l'injustice du monde. La souffrance n'est pas un sentiment que l'on s'accorde de temps en temps, mais une expérience fondamentale de notre vie qui nous rend visite quotidiennement, que cela nous plaise ou non. Ce n'est pas la souffrance des autres, mais la douleur qu'il éprouve dans sa propre chair. Il éprouve des difficultés à prendre de la distance par rapport à la souffrance. La souffrance est le lieu d'où Jean écrit.

Celui qui assiste à la souffrance des autres peut encore considérer s'il suivra l'invitation à défendre ce qui ne devrait pas être. Mais tout aussi bien, il peut céder à la tentation de ne pas vouloir renoncer à ses habitudes chéries, à ses biens acquis ou à sa vie quotidienne médiocre. Un croyant peut également confortablement s'enliser dans la prière. Ou il peut philosopher sur les injustices du monde ou théologiser sur la justice divine, tout en ignorant complètement ce qui demande son engagement. Enfin, lorsque nous pesons tout cela, nous pouvons choisir de préférer sauver notre propre peau et de privilégier la préoccupation pour nous-mêmes plutôt que le bien-être d'autrui, qu'il soit en difficulté ou non.

(Thérèse Bénédicte de la Croix /1891–1942/, Science de la Croix)