Le sens du temps

P. Wilfrid Stinissen, OCD

Pourquoi Dieu a-t-il créé le temps ? Pourquoi devons-nous, êtres humains, avant que la porte de l'éternité ne s'ouvre pour nous, vivre cette vie remarquable avec ses nombreuses difficultés et souffrances, avec ses péchés et ses erreurs ? Si Dieu est amour, si Dieu est si généreux, pourquoi ne nous donne-t-il pas tout immédiatement ? Pourquoi faut-il tant de « temps » avant d'atteindre l'objectif ?

Dieu lui-même vit en dehors du temps, dans une présence éternelle, dans un bonheur où il ne lui manque rien. S'il désire – comme le prétend le christianisme – que nous, les humains, participions à sa vie, pourquoi ne nous offre-t-il pas un accès immédiat à ce bonheur ? Pourquoi devons-nous faire un nombre infini de petits pas hésitants, dont la plupart peuvent être dans la mauvaise direction ?

Le temps pour grandir

De nombreux philosophes se sont déjà creusé la tête sur cette situation remarquable dans laquelle l'homme est placé. L'homme désire l'absolu, le tout, mais en réalité, il n'atteint que de petits fragments. Tout dans la vie humaine doit se dérouler progressivement.

L'homme ne peut même pas être pleinement lui-même. On peut dire que Dieu est lui-même, qu'il coïncide parfaitement avec lui-même. Mais l'homme doit abandonner lui-même pour se retrouver ensuite. Il ne se reconnaît pas complètement dans ce qu'il est à l'instant présent. Au lieu de vivre en harmonie avec lui-même, il est fragmenté : il est tiraillé à la fois vers le passé et vers l'avenir. Il vit dans la distraction, oui, il est l'incarnation de la diaspora. Sa tâche est de transformer cette multiformité en une unité structurelle.

Mais pourquoi Dieu confie-t-il à l'homme une tâche si « impossible » ? Pourquoi n'a-t-il pas créé l'homme entier dès le commencement ? Dans un petit traité intitulé « Père, je me remets à toi », j'ai tenté d'expliquer pourquoi Dieu n'a pas créé l'homme parfait tout de suite. Il ne l'a pas fait pour compliquer la vie de l'homme, mais parce que, dans son amour, il veut donner à l'homme la possibilité de participer à sa vie trinitaire. La vie des trois Personnes divines consiste en un don et une réception mutuels constants. Si l'homme avait été créé parfait dès le départ, il aurait certes participé à la réception mutuelle, mais pas au don. L'homme aurait reçu tout de Dieu, mais n'aurait pu rien « donner » à Dieu. Il aurait ainsi perdu une perspective importante de l'amour. L'essence de l'amour est de donner et de recevoir en permanence.

L'homme est donc « de facto » inachevé lorsqu'il quitte les mains de Dieu. Dieu équipe l'homme de possibilités que l'homme doit réaliser lui-même. Dieu lui donne un libre arbitre afin qu'il puisse choisir Dieu librement ou le rejeter. C'est précisément le sens de l'arbre défendu : Dieu place le premier couple humain devant un choix décisif. S'il choisit Dieu, il le fera pour Dieu et donnera quelque chose à Dieu. Cela réjouit Dieu et il en est reconnaissant. Dieu ne souhaite pas avoir le monopole de la générosité et ne veut pas forcer l'homme à une gratitude unidimensionnelle. Dieu veut aussi donner à l'homme l'occasion de la générosité et de la gratitude.

Cependant, choisir Dieu, mettre ses possibilités en œuvre, se développer, mûrir et devenir un homme accompli nécessite du temps. Le sens du temps est précisément que nous nous développions et que nous grandissions.

Comparé à l'éternité, le temps peut nous sembler sans valeur, décadent. Cependant, cette façon de penser est abstraite. Si nous considérons la destination de l'homme, c'est-à-dire son introduction dans la vie même de la Très Sainte Trinité, nous devons réaliser que le temps est un don de Dieu. Le temps nous donne la possibilité de grandir.

Grâce au temps, la semence que Dieu a mise en nous peut germer et croître en un arbre. À travers le temps, nous avons la possibilité de participer à l'œuvre créatrice de Dieu et d'aider Dieu dans sa formation.

Jean-Paul Sartre (1905–1980) affirme que l'homme est un être qui choisit lui-même, et dans ces mots se trouve un grain de vérité. L'homme est certes choisi par Dieu, mais Dieu lui donne aussi la possibilité de son propre choix. L'homme est différent lorsqu'il meurt de ce qu'il était à sa naissance, et ce que l'homme est devenu au cours de sa vie est en partie le fruit de son travail, de son propre « mérite ». Peut-être sommes-nous sensibles à ce mot, mais n'est-il pas temps de découvrir son contenu riche ?

Dieu se révèle dans le temps

Que le temps soit quelque chose de positif découle déjà du fait que Dieu se révèle dans le temps. Au début et à la fin de la Bible, il est question du temps. La Bible commence par les mots « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gen 1,1) et se termine par : « Oui, je viens bientôt » (Ap 22,20). Toute la révélation est insérée dans le temps.

Que Dieu ait créé au commencement signifie qu'avant la création, le temps n'existait pas. Le temps commence par l'œuvre créatrice de Dieu. La Bible constate immédiatement que Dieu est transcendant, car il ne peut pas être placé dans des catégories de temps et d'espace. Avant le temps de la création, il n'y a pas de temps où Dieu ait vécu et évolué. Le temps est donc lié à la création. Sans l'œuvre créatrice de Dieu, le temps n'existerait jamais.

Ces sept jours montrent que la création est un processus. Dieu crée un par un. Cela nécessite du temps et l'achèvement de la création n'est possible que dans le temps. Selon la Bible, le temps n'est pas une illusion dont il faut se libérer, comme le prétend le gnosticisme et certaines religions orientales. Dieu lui-même établit et conforte le temps en ne créant pas tout d'un coup, mais par étapes. Le temps est saint, a sa signification religieuse, car son origine repose sur l'œuvre créatrice de Dieu.

Il suffit de lire la Genèse pour comprendre qu'il ne peut pas y avoir de désaccord fondamental entre le temps et l'éternité. Si Dieu, qui est éternel et transcendant, a lui-même créé le temps, ce temps doit contenir quelque chose de l'éternité.

Il est vrai que cette dimension de l'éternité a en partie disparu à cause du péché originel. La tâche de Jésus et de nous tous pour l'avenir est de « racheter » le temps (Éph 5,16 ; Col 4,5).

Non seulement la naissance, mais toute la révélation se déroule dans le temps. Tout l'Ancien Testament est un récit ample sur la révélation progressive de Dieu. Si Dieu désire se révéler à l'homme, il ne le fera pas sous la forme d'un résumé qui contient tous les événements depuis le commencement. Il ne nous remettra pas un traité dans lequel tout ce que Dieu veut nous dire de lui-même et des hommes est systématiquement expliqué. Non, Dieu se révèle à nous à travers les événements. Noé est sauvé du déluge, Abraham est appelé à quitter son pays, le nouveau né Moïse est sauvé de la mort, Israël est sorti d'Égypte, Dieu prend soin de son peuple dans le désert et le conduit vers la terre promise. Dieu révèle son être en faisant quelque chose pour son peuple et avec son peuple.

La grande tentation d'Israël est de ne pas attendre que Dieu se manifeste, mais de se créer une idole et ainsi vouloir décider par soi-même qui est Dieu. Qui crée une idole peut aussi décider à quoi son dieu doit ressembler et quelles caractéristiques il doit avoir. Mais Dieu désire que nous respections le temps. Comment pourrait-il se révéler pleinement et tout à la fois, lui dont il est dit (Ésaïe 45,15) : « En vérité, tu es un Dieu caché », et le psaume (145,3) : « Grand est le Seigneur, … sa grandeur est insondable » ? À nous, êtres humains insignifiants, Dieu doit se révéler très progressivement. Voir Dieu peut signifier la mort (Ex 33,20).

Le sens de l'Ancien Testament est, entre autres, de montrer que Dieu a choisi un long chemin s'il voulait se faire connaître à l'homme. En revanche, dans le Nouveau Testament, le temps est extrêmement condensé. « Je suis la vérité », dit Jésus de lui-même (cf. Jean 14,6). Il résume toute la vérité dans le ciel et sur la terre : « Qui m'a vu, a vu le Père » (Jean 14,9).

Tout comme les disciples sur la montagne de la transfiguration, nous sommes éblouis par la lumière qui émane de lui. Cependant, sur la montagne de la transfiguration, où Jésus s'est montré dans toute sa splendeur, Moïse et Élie se sont également révélés. Ici se trouve l'ensemble de l'Ancien Testament. La plénitude de la révélation ne tombe pas soudainement et sans avertissement du ciel. Derrière elle se cache une longue histoire. Et toute cette histoire ressortira quand Jésus achèvera enfin son œuvre. « Ne pensez pas », dit-il, « que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes. Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5,17). Bien que par lui et en lui nous entrions dans l'éternité, Jésus ne renie pas le temps. Jésus ne rejette pas ce que Dieu a déjà révélé sur lui-même depuis le tout début de la création. Au contraire, il laisse tout cela apparaître dans toute sa clarté. L'ère de l'ancienne alliance est incluse dans la plénitude du temps qui caractérise la nouvelle alliance.

L'Église, dès le début, agit comme Jésus. Bien qu'elle soit consciente que le Nouveau Testament est réellement une « nouvelle » alliance, elle continue à inclure les livres de l'Ancien Testament dans la liturgie. Elle a compris que ces livres conservent leur valeur, que pour nous, il est important de pénétrer au moins partiellement dans la pédagogie divine, dans la manière dont Dieu éduque patiemment son peuple.

D'une certaine manière, nous devons, quoique vivant à la lumière plénière de la révélation, traverser tout le chemin. L'Ancien Testament est constamment actuel pour nous. Le récit de l'Exode d'Égypte est pour nous un appel constant ; nous aussi, nous cesserons d'être esclaves d'Égypte, nous sortirons de nous-mêmes et nous laisserons conduire dans le désert, où Dieu nous éduquera. Pour comprendre cette bonne nouvelle et nous laisser pénétrer par elle, un temps de préparation est nécessaire.

À tous ceux qui aspirent à l'absolu et qui, dans leur ardeur, voudraient sauter toutes les étapes intermédiaires, il est utile de lire l'Ancien Testament et d'en tirer des leçons sur la manière dont Dieu agit lorsqu'il se révèle à l'homme.

Dieu nous attend dans le temps

Le théologien orthodoxe roumain Dumitru Staniloae démontre que nous pouvons obtenir une idée du sens le plus profond du temps seulement lorsque nous découvrons que ses racines se trouvent dans la nature trinitaire de Dieu. Parce que l'homme est créé à l'image de Dieu, nous pouvons comprendre l'homme seulement lorsque nous le voyons comme un reflet de l'être divin.

La Trinité, c'est un dialogue aimant entre le Père et le Fils. Le Père donne tout son amour, c'est-à-dire lui-même, au Fils, et espère que le Fils accueillera cette offre et, en retour, se donnera totalement. C'est le modèle fondamental de l'essence de l'amour : je me donne et j'espère que tu m'accueilleras et que tu te donneras aussi. Dans la Sainte Trinité, il existe une immédiateté absolue : l'offre du Père et la réponse du Fils se fondent parfaitement. Leur amour est absolu. Par conséquent, il ne peut y avoir de doutes ou d'hésitations entre la question et la réponse. L'immédiateté de l'amour fait partie de l'éternité divine.

Lorsque Dieu offre son amour à nous, les humains, la situation est différente. Il ne nous a pas créés de manière à ce que nous répondions inconditionnellement et automatiquement « oui ». Quelle valeur aurait alors un tel amour ? Dieu souhaite que nous décidions librement de répondre. Dieu attend notre « oui ». Le temps, c'est précisément l'étendue et la durée de cette attente. « Veux-tu ? » nous interroge Dieu et nous donne le « temps » pour mûrir en vue d'une réponse positive.

Le temps est un signe de la patience de Dieu, oui, le temps est l'incarnation de la patience divine. « Voici, je me tiens à la porte et je frappe » (Ap 3,20). Le fait que Dieu soit là, à la porte, et reste là, c'est précisément ce qui crée le temps. La plupart d'entre nous ne répondent pas immédiatement dès que nous entendons le coup de l'appel de Dieu. Mais Dieu ne renonce pas. Dieu attend et, par son attente, il crée le temps. En nous donnant du temps, il montre combien il apprécie notre réponse.

La croissance et la maturité nous incitent à réduire constamment le temps entre l'appel de Dieu et notre réponse. Dieu nous invite à nous rapprocher peu à peu de son immédiateté et ainsi à croître en lui, dans son éternité.

L'homme qui est totalement sourd à l'appel de Dieu, qui ne se soucie pas du tout de ce que Dieu lui offre, dépouille le temps de son sens et le rend absurde. Cependant, l'homme ne peut aller si loin, car Dieu n'arrête pas d'espérer et d'attendre.

Tout a son « temps »

Il n'est vraiment pas une malédiction de devoir vivre dans le temps. Beaucoup pensent que le temps est le contraire de l'éternité. Pourtant, il n'en est rien. Si nous nous livrons pleinement au temps, si nous le prenons au sérieux et découvrons son sens originel, nous y trouverons l'éternité. L'éternité est le noyau du temps. Si nous utilisons le temps correctement, il nous apportera des fruits, un « profit… durable » (cf. Jean 15,16).

Dans le concept de « temps », il y a peut-être le mystère et l'émerveillement les plus captivants : quelque chose de plus fragile et éphémère que le temps est difficile à imaginer, et pourtant, le temps est entièrement rempli de quelque chose de « durable ». Seul celui qui accepte pleinement la fugacité du temps, sans chercher à retenir quoi que ce soit, mais laissant chaque chose avoir « son temps », trouvera dans le temps un « profit durable ».

Ne sens-tu pas quelque chose de la paix et de la stabilité de l'éternité qui vient sur toi lorsque tu entends l'Ecclésiaste parler de la fugacité du temps ?

« Tout a son moment,
et tout ce qui se passe sous le ciel a son heure :
Il y a un temps pour naître – et un temps pour mourir,
un temps pour planter – et un temps pour arracher ;
un temps pour tuer – et un temps pour guérir,
un temps pour détruire – et un temps pour construire ;
un temps pour pleurer – et un temps pour rire,
un temps pour faire le deuil – et un temps pour danser ;
un temps pour jeter des pierres – et un temps pour ramasser des pierres,
un temps pour embrasser – et un temps pour s'abstenir d'embrasser ;
un temps pour chercher – et un temps pour perdre,
un temps pour garder – et un temps pour jeter ;
un temps pour déchirer – et un temps pour coudre,
un temps pour se taire – et un temps pour parler ;
un temps pour aimer – et un temps pour haïr,
un temps pour la guerre – et un temps pour la paix. »

(Eccl 3,1–8)

Dans le processus de croissance, qui est notre vie, il nous est donné de passer par de nombreuses étapes, d'effectuer de nombreux pas, et heureusement, tout a son « temps ». Le temps est un moyen important, car il nous donne la possibilité d'évoluer sans avoir à sauter des étapes importantes de tout le processus. Pour chaque étape, il existe un temps. Et inversement : chaque période de temps est un don qui nous est accordé pour notre croissance progressive. Le temps est une possibilité de croissance.

Un temps perverti

Que le temps soit un moyen nécessaire n'est pas quelque chose que l'homme contemporain ait besoin de prouver. Tout le monde sait que le temps c'est de l'argent. La question est de savoir si cette vision calculatrice et quantitative du temps va directement à l'encontre du véritable but du temps. Évidemment, il n'est pas faux de considérer le temps comme une capacité productive. Cependant, si cette capacité est tellement accentuée qu'elle finit par représenter toute la valeur du temps, alors il y a indubitablement quelque chose qui ne va pas. Si le travailleur est constamment obligé d'accélérer le rythme de travail, si l'objectif de tout est de produire le plus possible dans le plus краткий temps, alors le temps devient une force maléfique. Au lieu de donner au travailleur l'occasion de croître et de vivre, le temps est manipulé de telle sorte qu'il tue toute vie. Forcer une personne à travailler au-delà de sa capacité, sans se soucier de sa personnalité et de son rythme personnel, revient à bloquer toute possibilité de développement de la personnalité.

Jésus nous enseigne comment travailler. « Que votre lumière brille devant les hommes » (cf. Mt 5,16). Tout aussi naturel que pour une lumière de briller, cela devrait être pour nous – qui sommes la lumière du monde (cf. Mt 5,14) – de répandre la lumière par notre travail. Cela suppose que le travail émane de notre être intérieur, qu'il existe un contact entre notre travail et notre intériorité, que le travail puisse occupant le temps nécessaire.

En disant que le temps est un moyen important, je veux donc dire quelque chose de différent de « le temps, c'est de l'argent ». Assimiler le temps à un « argent maléfique » revient à donner au temps un sens perverti. Dans l'éternité, la richesse ne vous sera d'aucun secours, dit Jésus (cf. Lc 16,13). Si nous utilisons le temps pour accumuler de la richesse, nous enlevons à celui-ci sa dimension éternelle. Si nous voulons définir la richesse, alors c'est quelque chose d'éphémère. « Insensé ! Cette nuit même, on demandera ton âme, et à qui sera ce que tu as accumulé ? Ainsi en va-t-il de celui qui amasse des trésors et n'est pas riche devant Dieu » (Lc 12,20–21).

En fin de compte, tout dépend de la façon dont nous comprenons le développement de l'homme. L'être humain est-il un voyage vers la mort (Heidegger) ou vers la vie ? Investir le temps dans l'argent, l'utiliser pour accumuler des biens rend le temps un voyage vers la mort. Car non seulement tout nous sera retiré lorsque le temps viendra, mais l'accumulation de trésors porte déjà en elle le masque de la mort.

Chercher le sens de la vie dans quelque chose qui est en dehors de nous, dans quelque chose qui est en plus très facilement brisable, accroît seulement notre sentiment d'aliénation et d'absence de racines. Le développement intérieur de l'homme est ensuite remplacé par l'accumulation de choses matérielles. Quelle terrible perte de temps !

« Mais vous cherchez son royaume, et tout le reste vous sera donné » dit Jésus (Lc 12,31). Tout ce qui est matériel nous sera donné en surplus – exactement autant que nous en avons besoin, car ce dont nous n'avons pas besoin est simplement un fardeau – lorsque nous avons d'abord consacré nos efforts à développer notre être intérieur. Et développer notre être intérieur signifie chercher son royaume, c'est-à-dire l'amour de Dieu.

Dieu veut nous donner son amour et a créé le temps pour que nous puissions nous ouvrir progressivement à son amour.

Et pourtant, nous recevons tout en même temps

Nous pouvons à nouveau nous poser la question : pourquoi Dieu ne nous donnerait-il pas tout son amour d'un coup, pourquoi ce processus doit-il prendre tant de « temps » ?

En réalité, Dieu nous donne tout d'un coup. De son côté, il n'y a ni hésitation ni indécision. Dieu ne peut pas attendre. Lors du baptême, il nous donne son Saint-Esprit et en lui, il nous donne tout.

Cependant, nous avons besoin de temps pour nous ouvrir à ce don et pour, par notre propre petite contribution, construire avec Dieu une relation d'amour entre lui et nous, relation pour laquelle nous avons été créés.

Dans l'œuvre de saint Jean de la Croix (1542–1591), nous lisons un texte très précis sur cette différence de rythme entre Dieu et l'homme. « Cette union qui a eu lieu sur la croix n'est pas identique à celle dont nous allons parler maintenant. Car la première se produit tout d'un coup, lorsque Dieu donne à l'âme la première grâce : et cela se produit à chaque âme lors du baptême. Mais la seconde union se fait à travers le chemin de la perfection et se réalise seulement progressivement et peu à peu. Bien que les deux forment une unité, il y a cependant une différence : l'un se fait au rythme de l'âme et donc progressivement : l'autre se réalise au rythme de Dieu et donc d'un seul coup. »

Puisse-t-on apprendre de « l'enfance du monde » quelque chose de leur discipline temporelle ! Chaque seconde nous est donnée pour que nous puissions grandir dans l'amour que nous avons déjà reçu. Le temps est l'environnement divin, cet environnement tout enveloppant qui est là pour ceux qui ne sont pas encore parfaits, mais qui sont en chemin.

Ne pas devenir signifie faire un tort au temps, le dépouiller de son sens.

Cependant, pour celui qui est conscient qu'il s'agit de devenir ce qu'il est, le temps est rempli d'éternité.

(Article du magazine suédois KARMEL 2(92))
Traduit par Dagmar Chvojková