Tu te soucies en voyant les vertus qui poussent à côté de toi, tandis que tu ne bouges pas. Humilie-toi, prie, supplie... Mais ne te tourmente pas ! L'essentiel n'est pas que mon âme soit la plus sainte, la plus aimée, la plus privilégiée. Mieux encore, si notre Seigneur est beaucoup aimé autour de moi (et tu peux pour ton réconfort ajouter que ces âmes le sont un peu à cause de toi…). Mon seul idéal est d'être un serviteur, une servante, à qui le Seigneur accorde dans son cœur une place qu'il veut, et qui ne désire qu'une seule chose : être fidèle. – Dans la profondeur de ton âme, établis par-dessus tout la paix de Dieu, comme une base immuable de toute ton activité, comme un critère de la valeur et de la vérité des pensées qui te submergent. Tout ce qui te tourmente et te préoccupe est faux...
(Pierre Teilhard de Chardin SJ /1881–1955/, lettre du front, à sa cousine, 7 novembre 1915 ;
cité d'après le livre Pierre Teilhard de Chardin, La naissance de la pensée. Lettres 1914–1919, Malvern 2021)