En ce qui me concerne, je profite ardemment de l'occasion pour me présenter en tant que prêtre aux nouvelles recrues du régiment lors de ce Noël, qui ne manque pas d'une touche de sentiment religieux, notamment aux officiers. (…) Je pense que tu comprendras quand je t'avouerai qu'à certains moments, il me semble quelque peu amer de revenir à mes hommes grossiers et criards. Mais c'est juste la nature, n'est-ce pas… Si notre Seigneur n'était pas indulgent, il serait resté au ciel et ne serait pas venu se mêler loyalement et affectueusement à notre nature rude. Je dois dire – et je crois que je le ressentirai finalement – que pour moi, la nuit de Noël n'a jamais eu autant de signification que celle que je passerai ce soir sur la paille en compagnie d'hommes moins sympathiques, chez qui je suis sûr de les aimer d'un véritable amour chrétien.
(Pierre Teilhard de Chardin SJ /1881–1955/, lettre du front, à sa cousine, 24 décembre 1915;
cité dans le livre Pierre Teilhard de Chardin, La genèse de la pensée. Lettres 1914–1919, Malvern 2021)