Si on me prenait mon livre...

Térèse d'Avila (1515–1582)

Dans ma prière, j'ai fait tout mon possible pour garder en moi Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Bien. Lorsque je méditais sur un événement de sa vie, je déployais beaucoup d'efforts pour me le représenter dans mon âme. Cependant, je préférais lire de bons livres, où je trouvais un grand réconfort.

Le Seigneur ne m'a pas permis de réfléchir par la raison, ni même de m'aider par l'imagination ; en effet, elle est si faible que je n'ai jamais réussi à me représenter l'apparence humaine de notre Seigneur, bien que j'ai fait tout ce qui était possible.

Ceux qui ne peuvent réfléchir par la raison atteindront la contemplation plus rapidement que les autres, s'ils persistent. Leur chemin est cependant très escarpé et douloureux ; leur volonté semble ne pas bouger, et parce qu'ils n'ont pas d'objet d'amour sur lequel se concentrer, leur âme semble laissée à elle-même, incapable de méditer : la solitude les écrase, la sécheresse et les pensées importunes ne leur laissent pas de répit.

(...) Il est nécessaire que (telle personne) se consacre à la lecture. (...) Le livre l'aide à se concentrer ; il ne peut pas s'en passer, même s'il lit peu. En fait, parfois, il doit se contenter du fait que toute sa prière sera en réalité juste de la lecture.

Si on me prenait le livre, je pense que je ne réussirais pas à persévérer au milieu de tant de souffrances et de sécheresse. Et cela a duré dix-huit ans, durant lesquels je n'osais méditer sans livre, sauf après la communion. Commencer ma prière sans livre, c'était pour moi comme entrer en guerre contre une armée terrifiante, tandis que le livre me donnait du réconfort : il était mon guide et mon bouclier, avec lequel je repoussais les attaques de nombreuses pensées, si bien que sans livre, la sécheresse m'assaillait, comme je ne l'avais jamais connue, et l'âme était envahie par la confusion, tandis qu'avec le livre, je rassemblais mes pensées et m'immergeais facilement dans la prière. Souvent, il me suffisait juste d'ouvrir le livre, parfois je lisais peu et d'autres fois beaucoup, selon la grâce que le Seigneur me donnait.

(Vie 4,7–9)