Sainte Élisabeth de la Trinité
Le dimanche 16 octobre 2016, le pape François a déclaré sainte la carmélite du couvent de Dijon, Élisabeth de la Trinité (1880–1906). Afin de rappeler sa personnalité dans les pages de notre revue et ainsi renforcer en nous la joie de sa canonisation, nous reproduisons un extrait de la brochure publiée cette année par les Éditions carmélitaines : Milada Jiřina Burgerová, Novène avec sainte Élisabeth de la Trinité, Prague 2016, p. 13–16. (L'abréviation AD signifie : Lettres d'Élisabeth.)
Je suis privée de l'église et de la Sainte Communion, mais le bon Dieu n'a pas besoin de sacrements pour venir à moi. Il me semble que je l'ai ici aussi. Quelle est belle la présence de Dieu ! C'est là, tout au fond, dans le ciel de mon âme, où je suis heureuse de le trouver, car Il ne m'abandonne jamais. "Dieu en moi et moi en Lui", c'est ma vie... ! Quelle belle pensée que, à part le regard sur Lui, nous le possédons tout autant que les bienheureux au ciel ; puissions-nous ne jamais l'abandonner et ne jamais nous laisser détourner de Lui par quoi que ce soit ! (AD 62).
Vivons avec Dieu comme avec un Ami, ravivons notre foi pour nous unir à Lui dans tout. C'est ainsi que naissent les saints. Nous portons notre ciel en nous, car Celui qui nourrit les bienheureux dans l'éternité se donne déjà maintenant en foi et en mystère ; Il est le même. Il me semble que j'ai trouvé mon ciel sur terre, car le ciel, c'est Dieu, et Dieu est dans mon âme. Le jour où j'ai compris cela, tout en moi s'est éclairci et je voudrais chuchoter ce mystère à tous ceux que j'aime (AD 122).
Pensez que vous vivez en Lui et qu'ici sur terre vous êtes son habitation. En effet, Il est en vous, caché dans les profondeurs de votre âme et là, tout près de vous et en vous, vous pouvez le trouver à chaque moment du jour et de la nuit, dans toutes les joies et les épreuves. C'est là le secret du bonheur humain et le secret de tous les saints. Ils savaient bien qu'ils étaient "le temple de Dieu" et que lorsqu'ils s'unissaient à Dieu, ils seraient avec Lui – comme dit saint Paul – "un seul esprit". C'est cette conscience qui imprégnait tout ce qu'ils faisaient (AD 175).
À chaque heure, si tu te souviens (si tu oublies, ce n'est pas grave), entre dans le centre de ton âme, là où réside l'Hôte divin. Tu peux penser à cette belle phrase que je t'ai dite : "Votre corps est le temple de l'Esprit Saint qui habite en vous" (1 Cor 3,16) ou aux paroles de notre Seigneur : "Restez en moi, et je resterai en vous" (Jean 15,4). On dit de sainte Catherine de Sienne qu'elle vivait au milieu du monde, mais qu'elle demeurait toujours dans sa cellule – car elle vivait dans cet intérieur où vit aussi ma Marguerite (AD 239).
À peine âgée de onze ans, Élisabeth reçoit sa première Sainte Communion. Cet événement représente pour elle une profonde transformation psychologique et spirituelle. « Je n'ai pas faim, Jésus m'a rassasiée... » – c'est ce qu'elle confie à l'une de ses compagnes. Ce jour-là, selon la tradition locale, elles se rendent dans le parloir du Carmel et la prieure lui explique la signification de son nom : "Ton nom béni cache un secret qui s'est réalisé en ce grand jour. Ton cœur est déjà ici sur terre la maison de Dieu. Le nom Élisabeth signifie maison de Dieu."
Bien que la prieure se soit trompée dans l'interprétation du nom, ces mots ont profondément marqué la jeune fille. Élisabeth se sent "habité". Elle répétait souvent à son amie : « Il me semble qu'Il est ici », et faisait un geste comme si elle Le tenait dans ses bras et Le serrait contre son cœur. Elle désire comprendre « ce qui se passe en moi », et ainsi elle rencontre le P. Vallée, le confesseur des carmélites. Cette rencontre s'avérera providentiel. Ce dominicain, qui parlait souvent du mystère de la Trinité, lui explique qu'avec la grâce du baptême, nous devenons un temple spirituel, que toute la Trinité séjourne en nous et en fait son habitation.
Le fait qu'à l'origine, la mère d'Élisabeth ait d'abord refusé la demande de sa fille d'entrer au Carmel et l'ait ensuite conditionnée à ses 21 ans, a été un autre événement providentiel : durant son attente, Élisabeth désire vivre et être carmélite déjà dans le monde. Ses activités extérieures ne l'empêchent pas de créer dans son âme une "cellule intérieure", un lieu où elle vit avec son Dieu. Elle devient "carmélite de l'intérieur" et, à l'exemple du prophète Élie, vit "devant la face du Dieu vivant". Cette prise de conscience sera le fondement de la spiritualité d'Élisabeth.
(...)
Ô Dieu, notre Père, Tu crées en nous ton temple spirituel, où Tu désires demeurer constamment avec ton Fils et le Saint-Esprit ; par l'intercession de sainte Élisabeth, écoute notre prière, que nous Te présentons aujourd'hui..., et accorde-nous la grâce d'expérimenter que Tu es le Dieu vivant, avec qui nous pouvons vivre dans le plus profond logement de notre âme. Par le Christ, notre Seigneur. Amen.