Patiente et soumets-toi.

Chère Marguerite,

je réponds ici à ta lettre du 5 janvier, qui m'est parvenue bien sûr une heure après que j'ai déposé une note pour toi dans la boîte aux lettres. Je te remercie pour tes vœux pour la nouvelle année et encore une fois : que la paix de Dieu et l'amour captivant de notre Seigneur demeurent de plus en plus en toi ! Il est possible que tu te sentes très éloignée de l'union idéale et si désirable de ton être en Dieu. Abandonne-toi patiemment. L'essentiel est que par ton désir, tes prières, tes efforts, tu te diriges et t'élèves vers le Centre de toute vie et de tout bonheur. On ne demande de nous que de la bonne volonté… Dès que Dieu découvre dans une monade humaine cette bonne volonté, tôt ou tard – même dans la mort – il complétera l'effort de sa créature et s'en emparera.

(Pierre Teilhard de Chardin SJ /1881–1955/, lettre du front à sa cousine, 12 janvier 1916;
cité d'après le livre Pierre Teilhard de Chardin, La naissance de la pensée. Lettres 1914–1919, Malvern 2021)