La panique, la peur et l'anxiété ne font pas partie de l'effort pour la paix. Cela pourrait sembler évident, mais beaucoup de ceux qui luttent contre le danger d'une guerre mondiale sont non seulement motivés par la peur, mais utilisent même la peur pour inciter les autres à agir. La peur est la force la plus séduisante dans l'effort pour la paix. Les histoires sur les armes nucléaires et les descriptions de ce qui se produirait en cas de guerre nucléaire sont si terrifiantes que nous cédons facilement à la tentation d'utiliser cette peur pour faire de nous-mêmes et des autres des défenseurs de la paix. (…) Si l'effort pour la paix repose sur la peur, il ne diffère pas beaucoup de la conduite des guerres. Les bâtisseurs de paix peuvent certes utiliser d'autres mots que ceux employés par les belligérants, mais ils parlent la même langue. Ils vivent emprisonnés par la stratégie de ceux contre lesquels ils souhaitent lutter.
Pour l'effort de paix, rien n'est plus important que de jaillir d'une expérience profonde et indéniable d'amour. Seuls ceux qui croient profondément qu'ils sont aimés et se réjouissent de cet amour peuvent devenir de véritables artisans de la paix. Car seule la certitude intime que nous sommes aimés nous permet de regarder librement au-delà de la mort et de parler et d'agir sans peur au service de la paix.
(Henri Nouwen /1932–1996/, Peacework, 1984)