Saint Jean de la Croix (1542–1591)
Ce que je n'ai pas écrit n'était pas un manque de bonne volonté, car je souhaite vraiment votre grand bien, mais parce que je pensais qu'il y avait déjà beaucoup de choses écrites pour pouvoir travailler sur ce qui compte, et que ce qui manque, s'il manque quelque chose, n'est ni l'écriture ni la parole, car cela abonde d'ordinaire, mais le silence et l'action. Parler, en effet, disperse, et le silence et l'action rassemblent et donnent force à l'esprit.
Une fois que l'homme connaît ce qu'on lui a dit pour sa progression, il n'a plus besoin d'écouter ou de parler davantage, mais doit silencieusement et soigneusement le mettre en pratique avec humilité, amour et mépris de soi ; et ne pas chercher ensuite quelque chose de nouveau, qui ne servirait qu'à satisfaire le désir pour des choses extérieures, car même celles-ci ne peuvent satisfaire et son esprit reste faible et vide sans vertu intérieure. Et il en résulte que ni la première, ni la seconde n'apportent de bénéfice...
Il est très nécessaire... de savoir subtiliser au diable et à notre sensibilité le corps de l'esprit, car autrement, sans même s'en rendre compte, nous resterons très peu avancés et très éloignés des vertus du Christ, et quand nous nous réveillerons, nous découvrirons que notre travail et notre œuvre sont faits à l'envers et que la lampe, que nous croyions porter allumée, s'avérera éteinte, car en soufflant dessus, pour qu'à notre avis elle s'illumine, nous l'avons plutôt peut-être complètement éteinte.
Ce dont nous avons le plus besoin, c'est de garder le silence tant avec l'esprit qu'avec la langue devant ce grand Dieu, dont la parole qu'il entend n'est que l'amour silencieux.
Je suis heureux que Dieu vous ait donné de si saintes désirs, et je serai encore plus heureux lorsque vous les réaliserez.
Si jamais quelqu'un vous persuade, que ce soit un supérieur ou quiconque d'autre, à propos d'un enseignement confortable et même s'il le soutenait par des miracles, ne le croyez pas et ne l'acceptez pas ; il est nécessaire d'avoir plus de pénitence et plus de détachement de toutes choses et de ne pas chercher le Christ sans la croix.
(de la correspondance de saint Jean de la Croix)
